Former les membres pour améliorer la gouvernance de la laiterie de Tambolo

Face au défi de redonner un nouveau souffle à leur laiterie, les femmes du groupement Zemstaaba de Tambolo, ont bénéficié du 25 au 27 janvier 2017 d’une formation en comptabilité simplifiée. Objectif : améliorer la gestion de celle-ci et la prise de décision pour en accroitre la rentabilité.

« Nous n’allons plus vendre nos produits parce qu’il faut les vendre. Nous allons essayer de bien vendre », confie Mariam Diallo, présidente du groupement Zemstaaba de Tambolo, à la fin de la formation en comptabilité simplifiée tenue au sein dudit groupement du 25 au 27 janvier 2017. Cette sexagénaire, qui dirige le groupement depuis 3 ans, ne se souciait pas vraiment des frais de distribution (carburant, amortissement engins, ristournes) pour définir les stratégies de vente des produits de la laiterie. Si bien que la laiterie a du mal a dégagé des bénéfices. Pour Salam Diallo, le gestionnaire de la laiterie, « les nouveaux outils facilitent la collecte et l’analyse des données financières. Ce qui permet de suivre les progrès de la laiterie ». En plus, renchérit-il, « cela nous permet de prendre les décisions avec du recul, en analysant les coûts de production et les retombées financières positives ou négatives de nos décisions ». L’ensemble des participants à cet atelier initié par PASMEP et financé par le Fonds Commun Genre ne tarit pas d’éloge. Les outils mis en place sont utile pour une gestion efficace et transparente de la laiterie. Mme Valéa Fatoumata, chargée de suivi et développement organisationnel à PASMEP, explique que l’objectif de la formation est de pouvoir faire comprendre l’importance de la comptabilité, de mettre en place une comptabilité simple, maîtrisable par les membres du groupement Zemstaaba et utile pour faciliter les prises de décisions. Elle se dit « satisfaite » des résultats atteints lors de la formation. L’une des participante, paraphrasant le formateur, résume sa satisfaction en une formule imagée : « avant, on pédalait le vélo sans regarder la route. Un moindre pépin, on risquait la chute. Maintenant nous allons regarder la route et bien analyser les décisions que nous prenons afin que nos efforts pour faire vivre la laiterie ne soient pas vain »

Gestion défaillante

La laiterie de Tambolo est fonctionnelle depuis 2013. Elle a été mise en place avec l’appui du groupement masculin Yimbe Nirbali et de l’appui technique et financier de PASMEP. 3 ans après son démarrage, la laiterie peine à faire ses preuves. Les femmes n’ont jamais véritablement réussi à augmenter les productions journalières hormis en saison pluvieuse où le lait est abondant. Pire, certaines d’entre elles faisaient la concurrence à la laiterie en rachetant et revendant sur les marchés le lait produit localement. Un comité de gestion a été mis en place et formé en gestion. Des outils ont également été mis en place pour renseigner la collecte de lait, la production de la laiterie, la vente des produits etc. Mais au fil des années, certains outils ont été abandonnés par le comité de gestion à cause de leur caractère jugé « inutile », aussi à cause du manque de personnes alphabétisées et disponibles pour les mettre à jour. Du coup, les informations sur le fonctionnement de la laiterie sont parcellaires et difficiles à analyser. Pourtant, la laiterie ne cesse d’être vue comme un outil performant pour booster et écouler la production de lait au niveau du groupement Zemstaaba et des autres fournisseurs de lait. De plus, elle permet de créer des emplois temporaires pour les femmes qui s’y relais pour travailler à la production de yaourt et lait pasteurisé. D’où la nécessité de redynamiser l’activité. C’est pourquoi PASMEP avec l’appui financier du Fonds Commun Genre, à relancé les activités à le Projet de renforcement de la rentabilité socio-économique des femmes de Tambolo à travers leur laiterie (PREFERE). Ce projet est axé sur l’amélioration génétique des races locales par l’introduction de la race goudali, plus productive en lait, l’augmentation de la fourniture de lait en saison sèche en améliorant l’alimentation à cette période de l’année, le renforcement en matériels complémentaires de collecte de lait et le renforcement du marketing pour l’écoulement des produits.

Participants enchantés

Cette formation, qui a réuni 15 femmes du groupement Zemstaaba et 5 hommes (groupement Yimbe Nirbali et les vendeurs et collecteurs de lait), s’est basée sur les outils déjà existants au sein de la laiterie. Elle a également permis de les améliorer et d’en introduire de nouveaux. Après avoir unanimement reconnu que la comptabilité est nécessaire pour garantir la traçabilité et la bonne gouvernance, les participants  se sont penchés sur une série d’outils pour les comprendre et les remplir. Pour faciliter l’assimilation de la formation, les termes ont été traduits en fulfuldé et la formation dispensée en mooré, langue parlée par tous les participants. Ces derniers ont tour à tout vu les cahiers de réception du lait, cahier de production (yaourt, lait pasteurisé), cahier de vente, cahier de crédit, cahier de trésorerie, cahier d’entretien des engins, cahier de bord des engins. Tous ces documents ont pour but de garantir, de permettre une gestion quotidienne de la laiterie en tenant compte des charges fixes et variables, des quantités livrées de lait, des ventes etc. Pour chaque document, les participants ont travaillé sur des exemples concrets vécus au sein de la laiterie. L’exercice sur certains cahiers a fait ressortir la nécessité de mieux s’organiser pour assurer la production, de revoir le système de gestion des ventes, notamment de désigner un vendeur attitré par groupe, tenir compte des distances pour aller chercher le lait et vendre les produits, tenir compte des frais de déplacements, des ristournes à reverser aux vendeurs, aux quantités nécessaires pour faire déplacer une moto  avant de décidé de comment seront vendu les produits de la laiterie. L’un des temps forts de la formation a été le cas de la gestion des 2 tricycles et la moto. Ce sujet cristallise des enjeux et des intérêts aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Ces engins sont l’objet de convoitise et leur gestion risque d’être source de conflits. Les outils permettent de baliser leur utilisation. Les discussions doivent se poursuivre pour finaliser de manière consensuelle les modalités d’utilisation de ces engins.

Regain d’optimisme

Ces outils, s’ils permettent de collecter de nombreuses informations utiles pour la gestion de la laiterie, doivent être graduellement maîtrisés par les personnes chargées de les mettre à jour, avertit Mme Valéa. C’est pourquoi, elle exhorte l’ensemble des participants à se les approprier, et surtout à faire recourt à l’animateur de PASMEP, qui est constamment sur le terrain, pour les aider à surmonter les difficultés qu’ils viendraient à rencontrer dans leur utilisation. Elle informe que d’autres outils seront graduellement introduit (cahier d’inventaire de matériels, cahier des membres) pour aboutir à la fin de mois et à la fin de l’année à la réalisation du bilan d’exploitation de la laiterie. Pour Djidi Diallo, cette formation les galvanise. « Nul doute que nous allons redoubler d’efforts pour améliorer la gestion de la laiterie », confie-t-elle. « Il nous apparait nécessaire, avec l’appui de PASMEP, de clarifier également le mode de gestion des engins acquis dans le cadre du projet, pour qu’au lieu d’être source de fierté, elles ne deviennent source de discorde », ajoute t’elle. Au lancement du projet le 18 novembre 2016, la laiterie avait une production moyenne journalière de 15 litres de lait par jour. Actuellement, elle avoisine  45 jours de lait par pour une prévision de 60 litres en saison sèche. Le PREFERE a joué sa partition en fournissant du matériel pour mieux produire, collecter, transformer et conserver le lait et de l’expertise pour mieux gérer la laiterie. La balle est désormais dans le camp du groupement Zemstaaba !

Boukari OUANGRAOUA

Chargé de communication/PASMEP