Récurrence de conflits agriculteurs-Eleveurs : des Organisations de la société civile pastorales mènent un plaidoyer auprès des décideurs

Nombre de textes et lois adoptés par l’Etat burkinabè en vue de mieux assurer l’épanouissement du pastoralisme connaissent une application mitigée. C’est pourquoi, les Organisations de la société civile (OSC) pastorales ont, avec l’appui du programme Voix pour le changement/groupe résilience pastorale, organisé une conférence de presse pour plaider auprès des dirigeants pour une mise en œuvre des engagement pris. C’était ce jeudi, 12 juillet 2018 à la zone pastorale de Luili-Nobéré, province du Zoundwéogo.

Les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont récurrents au Burkina. Si fait que la saison agricole est une préoccupation pour les uns et les autres, tant elle est particulièrement redoutée par les pasteurs et les agriculteurs. L’anathème, à tort ou à raison, est souvent jeté sur les éleveurs, si bien que le pastoralisme est en proie à des difficultés. Le gouvernement qui œuvre pour un développement de l’élevage a, depuis quelques années, pris de multiples lois et textes règlementaires pour protéger cette activité, d’où 34% des ménages ruraux tirent leurs revenus. Le hic, c’est que bon nombre d’engagements pris par l’Etat souffrent d’un manque d’application effective.

C’est pourquoi, l’Alliance des Organisations de la sociétés civiles pastorales monte au créneau. Ce regroupement d’une dizaine d’OSC a, avec le concours du programme Voix pour le changement/ groupe résilience pastorale, invité le gouvernement et les législateurs à créer les conditions d’une application effective des lois et règlementation régissant l’exercice du pastoralisme. Boubacar Maïga, coordonnateur du Réseau de communication sur le pastoralisme (RECOPA) ; Modibo Oumarou, Coordonnateur régional pôle Centre-Ouest de l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en savane (APESS) et René Millogo, coordonnateur de la plateforme d’actions pour la sécurisation des ménages pastoraux (PASMEP) étaient les animateurs de la conférence de presse.

Dans la déclaration liminaire, lue par le coordonnateur du (PASMEP), la dizaine d’OSC qui font du développement du pastoralisme leur leitmotiv, demandent au président du Faso, Roch Kaboré, et aux ministères techniques (Ressources animales, Agriculture, Environnement et Administration territoriale) de prendre les dispositions qui siéent afin que les lois et textes soient effectivement appliqués. Ces OSC sont convaincues que le respect des engagements vis-à-vis du pastoralisme va contribuer à un environnement propice à l’atteinte des résultats de l’axe 3 du PNDES (Plan national de développement économique et social) qui entend « accélérer la transformation, agro-sylvo-pastorale comme un facteur du décollage économique du Burkina Faso ».

Pour que le pastoralisme ne soit plus un parcours du combattant, René Millogo et ses camarades plaident à l’endroit de tous les décideurs et législateurs pour :
- un accroissement du budget alloué à l’élevage et au pastoralisme à travers une augmentation de 1, 5 à 3% du budget national au ministère des Ressources animales et halieutiques ;

- une actualisation des curricula des écoles et centres de formation d’élevage pour les adapter aux défis actuels en milieu pastoral ;

- une analyse de la part contributive du pastoralisme à l’économie nationale et à la promotion de l’emploi dans le cadre de l’examen de la loi de finances ;

- une meilleure implication des OSC pastorales dans les groupes de travail et de discussions formels et informels du ministère des Ressources animales ;

- une implication des communautés pastorales aux prises de décision, etc.
Sur cette dernière requête, la conséquence a été qu’à Luilli-Nobéré, les infrastructures réalisées pour l’embouche sont restées, jusqu’à présent, inoccupées.

La conférence de presse, tenue dans la zone pastorale de Luilli-Nobéré, commune de Béré, Province du Zoundwéogo, n’est pas fortuite. En effet, cette zone pastorale de 3700 hectares, créée en 2000, est confrontée à de moultes difficultés. Elle n’est toujours pas immatriculée ni bornée.

Conséquence, il y a une remise en cause des limites suite à des pressions foncières et à des exploitations aurifères. En plus de cette difficulté, viennent se greffer celles liées au manque d’infrastructures socio-éducatives, l’écoulement des produits laitiers. De l’avis des OSC pastorales, la zone pastorale de Luili- Nobéré, loin d’être un cas isolé, est à l’image de la plupart des zones pastorales du Pays. D’où leur combat pour que cette noble activité qui contribue à 12% du PIB (produit intérieur brut) et à plus de 26% aux recettes d’exportation ne soit pas victime d’un amaigrissement qui engendrera sa mort.

samedi 14 juillet 2018 à 19h11min

Lefaso.net